Les 7 réclamations des acteurs culturels auprès de l’Etat

FECEG
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La Fédération des Entreprises Culturelles et Economiques de Guinée (FECEG) a récemment rencontré le premier ministre guinéen, Kassory Fofana, pour lui présenter un document sur lequel on retrouve les préoccupations majeurs des acteurs culturels. Liez !
L’épidémie de la COVID 19 a frappé de plein fouet notre pays entrainant un ralentissement significatif de l’économie. Si certains s’en sortent, les mesures sanitaires prises par le Gouvernement sont venues fortement impacter les entreprises du spectacle et de la musique. Le secteur culturel qui était déjà dans une léthargie suite aux différents chocs exogènes au cours de ces dernières années est en train de mourir. 
Malgré les efforts consentis par les acteurs culturelles pour soutenir les décisions du gouvernement sur les mesures sanitaires, aucune aide structurante pour l’ensemble du secteur n’est venue combler cette perte d’activité pour les entreprises culturelles. La FECEG après plusieurs réunions de concertation dresse donc un bilan inquiétant de la situation. Il est clair, que des années de crise et de laisser aller ont eu raison d’un secteur qui doit être le poumon de l’identité culturelle de la Guinée. 
A la faveur de l’audience que vous avez bien voulu nous accorder, Monsieur le Premier Ministre, ce Mercredi 18 Août 2021, le Conseil d’administration, équipe dirigeante de la FECEG avant la mise en place d’une direction exécutive, a souhaité vous adresser un mémorandum afin d’éclairer la politique du gouvernement en faveur de notre secteur. 
Ce mémorandum s’articule donc autour de 07 points qui nous semble pertinents et urgents à résoudre pour le bien de la Guinée et du secteur des arts du spectacle et de la musique. 
1. GESTION DES DROITS D’AUTEURS 
La loi n° 2019/0028/AN du 7 juin 2019 portant sur la propriété littéraire et artistique est une avancée majeure en matière de protection du droit d’auteur et des droits voisins. Il faut donc se féliciter de cette avancée majeure qui place notre pays au-devant des pays d’Afrique de l’Ouest en matière de protection de la propriété littéraire et artistique. 
Malgré son caractère avant-gardiste et innovant, les décrets d’application peinent encore depuis son adoption il y a 03 ans à être signé. Au-delà même de la signature de ces décrets, c’est tout le système de gestion des droits d’auteurs qu’il faut repenser et améliorer. Le mode d’organisation, les attributions et le fonctionnement doivent faire l’objet de consensus entre les ayants droits et le Ministère de tutelle. 
Il est primordial d’impliquer significativement les ayants droits dans la gestion de leur droit. La nouvelle loi consacre non seulement de nouveaux modes de rémunération mais aussi de nouveaux droits (droits voisins) dont les producteurs et éditeurs de musique bénéficient désormais. La nouvelle loi n’aura réellement d’impact pour les créateurs et les investisseurs que nous sommes, que si une réforme profonde du statut et du fonctionnement du Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA) est effective. A l’image des sociétés de gestion collectives sœurs, le BGDA doit se doter d’instruments et de compétences adéquates pour son bon fonctionnement au service de ses ayants droits. 
Le conseil d’Administration actuel ne représente donc plus la pluralité des ayants droits consacrés par la nouvelle loi. 
D’autres part, le mode de consommation des œuvres musicales ou littéraires connait une mutation vers le digital qu’il faut prendre en compte et doter le BGDA d’outils technologiques capable de faire le tracking sur les différentes plateformes digitales. 
2. LA MISE EN PLACE D’UN FOND COVID ET PLAN DE RELANCE POST COVID 
Dans votre discours de politique générale du 07 Avril 2021 devant l’hémicycle, nous avons retenu votre intention d’accompagner la culture pour qu’elle ne sombre pas. La mise en place d’un fond d’urgence temporaire pour la relance du secteur du spectacle au sortir de la crise est primordiale pour la survie du secteur. 
Bon nombre de nos entreprises ont épuisé leur trésorerie du fait des charges que l’on a continué à assumer alors que nos activités sont complètement arrêtées pour donner suite à l’interdiction de rassemblement et à l’annulation des spectacles. 
Ce fond qui sera octroyé aux entreprises culturelles selon des critères bien définis doit permettre de relancer essentiellement les entreprises sur la période post covid. Elle peut par exemple se traduire par la prise en charge des charges fixes sur la période 2021-2022. 
3. LE REMBOURSEMENT DES ENTREPRISES DIRECTEMENT IMPACTEES 
Initié par vos soins, après le décret d’interdiction de Mars 2021, le remboursement des entreprises directement impactée n’est toujours par effective. Nous sollicitons donc votre bienveillance pour accélérer le processus afin que ces entreprises soient remboursées. 
Au-delà, compte tenu de l’année blanche qui se profile pour nous, nous sollicitons que toutes les entreprises de spectacles à jour vis-à-vis de l’Agence Guinéenne de Spectacle soient entièrement exemptées de la licence de spectacle pour l’année 2022. 
4. L’APPUI A LA MONETISATION DES ŒUVRES PAR LE BIAIS DE LA TELEPHONIE MOBILE ET DU DIGITALE 
Le secteur culturel a connu de profondes mutations entrainant des changements dans son mode de consommation, notamment la musique, le cinéma… L’avenir de la musique et de centaines de label de musique, et de structures de productions de films sont aujourd’hui lié à la digitalisation. S’il existe aujourd’hui de nombreuses plateformes de vente de musique en ligne, leur modèle économique reste encore très inaccessible à nos marchés africains. Il est donc primordial de développer des plateformes adaptées aux contingences africaines. 
Le gouvernement pourrait faciliter et accompagner la mise en place de ces plateformes par des mesures incitatives. 
D’autre part, aujourd’hui le caller tunes (la tonalité d’appel en attente) est de plus en plus un mode de consommation de la musique dont les opérateurs de téléphonie tire seule les bénéfices. Ils vendent illégalement des œuvres dont ils ne sont pas les producteurs sans contrepartie pour ceux qui produisent cette musique. Ce revenu qui est un revenu sharing ne profite ni aux artistes ni aux producteurs comme cela se fait dans les pays comme le Sénégal ou le Nigeria. 
Ce que nous attendons, c’est que le gouvernement nous appuie dans notre démarche pour que les producteurs et les auteurs puissent jouir de cette manne qui est une source de financement non négligeable et d’amortissement de lourds investissements dans la production de contenu local. 
5. L’AIDE A LA CREATION, A LA STRUCTURATION ET A LA PROFESSIONNALISATION 
Le Fonds de développement des Arts et de la Culture (FODAC) est un excellent instrument qui peut permettre la mise à niveau, la professionnalisation et l’aide à la création. Cependant, depuis sa mise en place ce fonds n’est pas doté de ressources suffisantes pour mener à bien sa mission. 
Notre doléance est donc de mettre à disposition de ce fond des ressources nécessaires à subventionner les entreprises du secteur mais aussi dans le but de créer un écosystème beaucoup plus favorable au développement de la culture et de ses métiers. 
Le secteur du spectacle et de la culture, même si nous manquons encore de statistique, est un secteur pourvoyeur d’emploi et qui a besoin de ressources qualifiées. L’accompagnement à la professionnalisation des métiers de la culture et de la créativité est l’une des solutions à l’éradication du chômage. La Guinée étant reconnu pour son talent de créativité, il est donc primordial d’accompagner, valoriser ses métiers car au-delà du fait qu’ils favorisent l’insertion socio-professionnelle de plusieurs catégories de jeunes, leur transversalité leur permet d’intervenir dans plusieurs secteurs. 
En plus du FODAC, pour lequel il est aussi nécessaire de mettre en place un conseil d’administration, il faudra donc inciter les différents partenaires techniques et financiers comme le PNUD, l’UE, etc à mettre en place des véritables programmes culturels comme ils le font dans les autres pays comme la Côte d’ivoire le Sénégal etc. Ces programmes impliqueront et impulseront les acteurs du secteur, et permettront de poser les jalons d’une véritable industrie culturelle. 
6.LE RENFORCEMENT ET LE SUIVI DE LA COOPERATION CULTURELLE
De nos jours il n’est plus besoin de citer l’importance de la culture dans le domaine de la coopération. Exporter et valoriser sa culture permet d’accroître son influence dans le monde, conquérir d’autres territoires et à ouvrir plusieurs portes. Voilà pourquoi nous suggérons d’intégrer la culture parmi les différents accords de coopération que vous signez avec vos partenaires. 
Aussi il y a des fonds de certaines institutions comme l’UNESCO, l’UE qui financent des projets culturels africains. Il est important que l’Etat guinéen suive de près ces différents appels et use de son influence pour appuyer les structures guinéennes. 
7. LA MISE EN PLACE D’UN MECANISME D’INCITATION AUX SPONSORING ET AU MECENAT PAR LES ENTREPRISES. 
Le financement de la culture et du patrimoine passe très souvent par le mécénat et le sponsoring. Cependant ce modèle est très peu usité en Guinée. Les entreprises peinent encore à accompagner les acteurs et les projets culturels. Nous recommandons au gouvernement de mettre en place un système fiscale incitatif qui permettrait aux grandes entreprises de consacrer un certain montant de leur CA à des projets culturels structurants. 
Des mesures comme la réduction d’impôts pour les dépenses de mécénat ou de sponsoring peuvent être des pistes qui peuvent dans une moindre mesure inciter les entreprises à financer des projets culturels ou à les sponsoriser. 
Le développement de tous les points ci-dessus énumérés n’est définitif, nous sommes disposés avec vous, à continuer la réflexion pour une meilleure qualification de notre secteur d’activité. 
Nous vous remercions. 
La FECEG 

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